Près d’un mois après, Patrick et Elisabeth Römer ne comprennent toujours pas pourquoi ils ont été pris pour cible, le 14 juin dernier, par un commando se présentant comme appartenant au FLNC. Ce soir-là, vers 20 h 15, ils s’apprêtaient à passer à table avec leurs trois enfants âgés de huit, six, et quatre ans, quand quatre hommes encagoulés et armés ont fait irruption dans leur petite maison de 45 m² située à Ocana, à une vingtaine de kilomètres d’Ajaccio.
« Ce qui m’a le plus révolté, explique Elisabeth, c’est qu’ils agissent devant nos enfants. Aujourd’hui encore, dès que mes deux filles voient des personnes en treillis, elles ont peur, elles pleurent. La petite, qui n’a que 4 ans, a peur de se faire tuer. »
Le soir de l’attentat, les quatre hommes ont attaché le père de famille en lui braquant une arme de poing sur la tempe. Ensuite, ils sont allés poser des charges explosives sur trois bâtiments en construction, deux gîtes appartenant à la famille et une maison située sur un bout de terrain adjacent que les Römer avaient vendu quelques mois auparavant à un galeriste parisien. « Je leur ai demandé si l’on pouvait discuter, raconte Patrick. Ils m’ont dit oui, on est sorti, et nous avons parlé, en corse ! Ils m’ont dit qu’ils étaient là à cause “de la spéculation”. Bien sûr, j’ai pensé à la vente de mon terrain, je leur ai dit que j’avais dû le vendre car la banque nous avait refusé un prêt et que nous avions besoin d’argent pour finir l’exploitation. Ils m’ont répondu qu’ils n’en avaient pas après moi, et que si je restais tranquille, tout se passerait bien. »
Installé depuis plusieurs années à Ocana, Patrick est oléiculteur. Elisabeth, elle, élève des chevaux sur la propriété. Jamais ils n’avaient été menacés. « On pensait bien faire. Personne n’était intéressé par le terrain dans les environs. On n’a pas eu le déclic de se dire qu’on prenait un risque en vendant le terrain à une personne étrangère à la région. »
Aujourd’hui, même s’ils se considèrent comme des victimes, les Römer veulent rester positif, aller de l’avant et, surtout, pas question de s’en aller. « Je suis arrivé sur l’île à l’âge de 5 ans, confie Patrick, j’en ai aujourd’hui 53, je vis corse, je parle corse. J’ai toujours pensé qu’on ne naît pas corse mais qu’on le devient. Moi, c’est la Corse qui m’a choisi. »
http://www.francesoir.fr/faits-divers/sequestre-pres-d-ajaccio-un-couple-parle
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