dimanche 22 septembre 2013

Attaque à Nairobi : des forces spéciales israéliennes dans le centre commercial

«Les Israéliens viennent d’entrer et ils secourent les otages et les blessés,» a dit cette source sous couvert d’anonymat. L’attaque du centre commercial de Westgate a fait au moins 59 morts et près de 200 blessés selon la Croix-Rouge. Un nombre indéterminé de personnes étaient encore retenues en otage.
«Un certain nombre d’agresseurs sont encore dans le bâtiment, entre 10 et 15», vingt-quatre heures après le début du carnage qui a fait 59 morts, a indiqué le ministre kényan de l’Intérieur, Joseph Ole Lenku.
«Nous pensons qu’il y a des personnes innocentes dans le bâtiment, c’est pourquoi l’opération est délicate», a-t-il expliqué.
En plus des 59 tués, M. Lenku a fait état de 175 blessés, dont certains continuaient à arriver dans les centres de secours mis à disposition près du lieu de l’attaque.
«Notre hôpital est plein, nous avons été contraints d’envoyer des patients vers d’autres établissements», a indiqué un médecin s’exprimant sous couvert d’anynomat à l’hôpital M.P. Shah, et évoquant des blessures par balles et éclats d’obus. «Nous avons rappelé tout notre personnel qui était en congé.»
À l’intérieur du centre commercial, la confrontation dure depuis 24 heures: l’assaut meurtrier du commando islamiste, au cours duquel deux Françaises, une mère et sa fille, sont décédées, a débuté samedi à la mi-journée.
Des Américains, très vraisemblablement des Britanniques et de nombreux autres Occidentaux -cibles privilégiés des assaillants- figurent parmi les blessés. Un célèbre poète et homme d’Etat ghanéen Kofi Awoonor, 78 ans, est l’un des tués, et son fils avec lequel il faisait du shopping a été blessé.
Les assaillants, armés et masqués, ont fait irruption samedi vers midi dans le Westgate Mall bondé, semant mort et chaos parmi les familles en plein shopping et les badauds attablés aux terrasses des cafés du bâtiment de quatre étages.

«Les assaillants tiraient dans le tas»

Ils ont ouvert le feu à l’arme automatique et à la grenade sur la foule d’un millier de clients et d’employés du centre, un des lieux de promenade préférés des classes aisées et des expatriés de Nairobi.
Jusque dans la soirée, alors que les affrontements se poursuivaient, clients apeurés et employés traumatisés, piégés dans le centre, ont continué d’en sortir par petits groupes, au fur et à mesure de la lente progression des forces de l’ordre. Blessés et cadavres ensanglantés ont été évacués par les services de secours.
Epaulés par des membres en civil des services de sécurité des chancelleries occidentales, policiers et militaires kényans ont tenté prudemment de cerner les assaillants dans un labyrinthe de boutiques en tout genre où il est aisé de se cacher ou de se retrancher.
Il s’agit de l’attentat le plus meurtrier à Nairobi depuis une attaque-suicide d’al-Qaïda en août 1998 contre l’ambassade américaine, qui avait fait plus de 200 morts.
L’attaque du Westgate a été revendiqué dans la soirée par les shebab somaliens, liés à Al-Qaïda, qui l’ont présentée comme une opération de représailles à l’intervention des troupes kényanes en Somalie.
Une employée du centre commercial, Zipporah Wanjiru, qui a réchappé à l’attaque en se cachant sous une table avec cinq autres collègues, était en état de choc. Les agresseurs «tiraient dans le tas, c’était comme un film de voir les gens sous des pluies de balles comme ça,» a-t-elle raconté en larmes.
«Je servais des clients quand ces hommes sont arrivés,» a renchéri un autre employé, Titus Alede. «Ils ne voulaient pas d’argent, ils tiraient sur les gens sans rien demander. Je me souviens qu’ils ont dit vous avez tué notre peuple en Somalie, c’est à votre tour de payer».
Dimanche au petit matin, des tirs nourris, venant de l’intérieur du centre commercial, étaient encore entendus. Westgate a été bouclé par les forces de sécurité, qui ont reçu d’importants renforts et en interdisent désormais tout accès aux journalistes.
Selon le ministère de l’Intérieur, les étages supérieurs du centre ont été sécurisés, et les attaquants ont été repoussés dans une zone du rez-de-chaussée ou du sous-sol.

Une cible idéale et facile

Ce centre commercial, ouvert en 2007 et détenus en partie par des intérêts israéliens, compte des restaurants, des cafés, des banques, un grand supermarché et un cinéma multiplexe qui attirent des milliers de personnes chaque jour.
Dans une capitale connue comme le «hub» de l’Afrique de l’Est, où vivent de nombreux expatriés rayonnant dans toute la région, l’endroit était régulièrement cité par les sociétés de sécurité comme une cible possible de groupes liés à Al-Qaïda - tels les insurgés shebab.
Et la configuration des lieux - vaste terrasse donnant sur la rue, multiples entrées, parkings aérien et souterrain- se prêtait de fait particulièrement à une attaque.
Washington a dénoncé un acte «ignoble». La présidence française a dénoncé ce «lâche attentat», également condamné unanimement par les quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU.
«Le Kenya ne se laissera pas intimider par le terrorisme», a réagi dans la nuit le président kényan Uhuru Kenyatta, qui a précisé avoir «personnellement perdu des membres de sa famille» dans le drame.
«Ce que les Kényans voient à Westgate, c’est de la justice punitive pour les crimes commis par leurs soldats» en Somalie «contre les musulmans», ont eux écrit les shebab sur leur compte Twitter. «Le message que nous envoyons au gouvernement et à la population kényane est et sera toujours le même: retirez toutes vos forces de notre pays», ont-il ajouté, avant que leur compte ne soit suspendu dans la nuit.
L’armée kényane était entrée en Somalie en 2011 et se maintient depuis dans le sud du pays, dans le cadre d’une force africaine soutenant le gouvernement somalien qui a infligé de nombreuses défaites aux islamistes.
«Seuls les infidèles ont été tués», ont prétendu les shebab, affirmant que leurs «moujahidines» avaient épargné les musulmans présents sur place en les «escortant» hors du centre.

http://www.republicain-lorrain.fr/france-monde/2013/09/22/nairobi-les-otages-detenus-dans-plusieurs-endroits-du-centre-commercial

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