lundi 2 mai 2011

«C’est une belle réussite» pour un ancien patron de la DGSE

Ancien chef du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), le général Jean Heinrich est aujourd’hui à la tête de Géos, une entreprise spécialisée dans l’intelligence économique.
Que pensez-vous de l’opération menée par les Américains à l’encontre d’Oussama Ben Laden?
Jean Heinrich. C’est une très belle réussite. Cela faisait longtemps que les Américains recherchaient cet homme et, dans des conditions très difficiles, ils sont parvenus à leurs fins.
De quelles difficultés parlez-vous?
L’attaque commando, réalisée à l’aide d’hélicoptères, est risquée mais assez classique. Durant la guerre en Bosnie, nous en avons mené de semblables. Les principales difficultés se situent en amont de l’intervention. Obtenir et vérifier un renseignement dans un pays hostile vous confronte à de très gros problèmes. Ensuite, il faut non seulement localiser le lieu où se trouve la cible mais être certain qu’elle s’y trouve au moment de l’assaut. Pour cela, il faut effectuer une vérification directe, de visu.
Cela passe par une infiltration de son entourage?
Pas forcément. Dans ces milieux-là, c’est extrèmement difficile et risqué. Le moindre soupçon peut faire tomber à l’eau l’ensemble de l’opération.
Comment procède-t-on, alors?
Des spécialistes s’infiltrent, de nuit, au plus près de la cible. Ils s’enterrent et, pendant des mois, se livrent à l’observation de leur objectif. Une fois tous les renseignements recueillis, une fois certain que la cible est présente, l’opération peut être déclenchée.
Elle nécessite un entrainement particulier?
Oui. Une opération de cette envergure se prépare. Une fois repéré, l’objectif est reconstitué à taille réelle. On répète l’assaut pour choisir le meilleur angle d’attaque, à la fois des hélicoptères et des assaillants.
Le secret, indispensable au succès, est-il difficile à garder?
Le secret constitue la base de notre métier. Nous avons des méthodes pour y parvenir. En règle générale, ceux qui s’entraînent sur une opération ignorent, jusqu’au dernier moment, la cible qu’ils doivent abattre.
Les services pakistanais ont-ils pu tout ignorer?
C’est inconcevable. Il y a sûrement eu une forme de coopération entre les services pakistanais et américains. Mais il est certain que les Américains n’ont pas tout dit à leurs homologues.
Comprenez-vous leur volonté d’abattre Ben Laden au cours de cette intervention?
C’est une question de choix politique. On peut imaginer que la perspective d’un procès long, risqué, probablement émaillé de prises d’otages un peu partout dans le monde a encouragé les Américains à prendre cette option.
D’autres options étaient-elles possibles?
Les Américains auraient pu attendre une hypothétique sortie de ben Laden pour le faire abattre par un missile tiré par un drône. Mais cela aurait été moins spectaculaire et, vu les dégâts, on n’aurait jamais eu la preuve de sa mort. L’assaut, tel qu’il a été mené, était la solution la plus sûre techniquement mais, aussi, la plus risquée.
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