mercredi 15 septembre 2010

Affaire Bettencourt : Metzner et Kiejman se sont affrontés dans un procès en diffamation

Deux ego judiciaires, Mes Georges Kiejman et Olivier Metzner, ont livré bataille mercredi devant le tribunal de Paris, à l'occasion d'une audience en diffamation, chacun cherchant à affirmer tant sa suprématie d'avocat que sa position dans l'affaire Bettencourt.

A leur arrivée au tribunal, les deux ténors du barreau ont échangé une poignée de mains polie, avant de passer aux piques assassines. Depuis la mort de Marie Trintignant, où Me Metzner défendait Bertrand Cantat et Me Kiejman la famille Trintignant, les deux avocats se sont souvent écharpés. Mais c'est l'affaire Bettencourt qui a porté cette agressivité à son paroxysme.

Mercredi, c'est Me Metzner et sa cliente Françoise Bettencourt-Meyers qui assignaient en diffamation l'ancien ministre socialiste.

Les propos litigieux remontent au 20 juin 2010. Dans un entretien au Journal du Dimanche, Me Kiejman avait dénoncé "un complot organisé de longue date", dont "le cerveau (...) s'appelle Olivier Metzner". Il reprochait à son confrère et à la fille Bettencourt d'avoir commandité les enregistrements pirates réalisés au domicile de Liliane Bettencourt par son majordome, puis d'avoir transmis ces écoutes à la presse. Ils réclament un total de 250.000 euros de dommages et intérêts.

Fidèle à sa réputation de grand impulsif, Me Kiejman, 78 ans dont 57 ans de barreau, tient difficilement en place mercredi devant les magistrats de la 17e chambre.

"Vous avez déjà dit dix inexactitudes, n'en rajoutez pas!" s'énerve-t-il sur son banc, à l'écoute de son adversaire. "Il va finir par me tuer! (...) Je suis trop vieux pour supporter tout ça".

"Je suis un homme qui joue la transparence", répond sans se démonter Me Metzner, 60 ans, qui a défendu tour à tour Kerviel, Noriega ou Villepin.

Un palmarès qui n'impressionne guère de l'autre côté de la barre. "Les grands avocats appartiennent au passé", cingle Me Kiejman dans un regard méprisant, après avoir cité des pénalistes connus de l'après-guerre comme Henri Torres ou René Floriot.

"Je n'ai aucune animosité personnelle", poursuit le bretteur, "c'est grotesque. Certes, il m'agace mais il doit en agacer beaucoup d'autres. Ca va vous paraître extrêmement orgueilleux, mais je crois que non seulement, il ne boxe pas dans la même catégorie que les grands fantômes que j'ai évoqués, mais il ne boxe même pas non plus dans la mienne".

Sur le fond, les deux avocats ont de nouveau ferraillé sur la question des enregistrements.

"Je n'ai pas enregistré, je n'ai demandé à personne d'enregistrer, jamais", martèle Me Metzner. "Il me critique, c'est son droit" mais "quand on m'accuse d'avoir orchestré des enregistrements clandestins par un majordome que je ne connais pas, je ne peux accepter qu'on puisse laisser penser que je serais capable de faire espionner, de trahir la vie privée".

"Ces enregistrements auraient été remis spontanément à Françoise Bettencourt-Meyers. Moi je dis qu'on nous prend pour des enfants de choeur", ironise son contradicteur. Pendant un an, le majordome "va enregistrer clandestinement (...) et il n'aura à aucun moment l'idée d'en parler à Françoise Bettencourt-Meyers? Ca ne tient absolument pas debout!"

"Me Metzner n'est pas étranger à ce piège qui a été tendu à ma cliente", insiste le conseil de Liliane Bettencourt, tout en prévenant le tribunal de l'importance de la décision qu'il va rendre. "Même si on ne me condamne qu'à un euro, (...) ma parole sera discréditée".

Décision le 20 octobre.
http://www.lepoint.fr/societe/affaire-bettencourt-metzner-et-kiejman-se-sont-affrontes-dans-un-proces-en-diffamation-15-09-2010-1236825_23.php

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