Un retraité comparaît à partir de vendredi matin devant les assises du Calvados pour avoir assisté le suicide de son épouse malade. Il encourt la perpétuité.
Jeudi 4 octobre 2007. Roger et Jacqueline fêtent leurs cinquante ans de mariage. Dans leur petit pavillon de Mondeville, la famille proche est là. Leur fils Didier, son épouse, leurs petits-fils et nièces sont à table. Jacqueline, 70 ans, malade depuis des années, affaiblie par la souffrance est pourtant heureuse. Cela faisait bien longtemps qu’elle avait eu du monde chez elle. Pourtant, en ce jour de noces d’or, elle sait que c’est son dernier repas. Elle a tout préparé. Les convives partis, elle va dans sa chambre et demande à son époux de l’aider à mettre fin à ses jours. Il refuse. Il faut dire que quelques semaines plus tôt, il l’avait déjà sauvé d’une tentative de suicide aux médicaments. Depuis, elle lui en voulait.
Alors, cet après-midi-là, les mots de Jacqueline ont dû être plus convaincants. Elle, la petite dame coquette qui aimait sortir, danser, rigoler, n’en peut plus. Quasi impotente, rongée par des maux neurologiques incessants, meurtrie dans sa chair de devoir demander à son mari de l’aider à se laver, à faire ses besoins, elle veut mourir. Alors par amour, parce que lui non plus n’en peut plus de voir son aimée souffrir, Roger accepte de l’aider.
Cordon électrique
Il lui donne un cordon électrique de radio-réveil, lui explique comment l’accrocher à la clenche de la porte et quitte la pièce, en lui disant ces derniers mots d’amour. Jacqueline s’assoit, passe le cordon autour de son cou, Roger est dans son jardin, il range la table, les chaises.
Vingt minutes plus tard il se décide à retourner voir sa Jacqueline. Elle n’est pas morte, elle a encore quelques soubresauts et du sang sort de sa bouche, de ses oreilles, de ses yeux. Cette vision est insupportable pour lui. Il s’approche d’elle, ressert le nœud et lui appuie sur les épaules en lui disant des mots d’amour, en pleurant. Jacqueline ne bouge plus. Elle en a fini avec cette vie devenue insupportable.
Roger attendra une demi-heure avant d’appeler les secours. Pour être sûr qu’on ne puisse pas la ranimer.
« Un acte d’amour »
Bientôt trois ans ont passé et, ce matin, c’est devant les assises du Calvados qu’il devra répondre de son acte. « Un acte d’amour » martèle son avocat, Me Marand-Combar. « D’ailleurs, il n’avait pas d’autre solution que d’aider son épouse à en finir. » Roger, qui a eu 77 ans en avril dernier, comparaîtra libre. Poursuivi pour « meurtre », il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Son avocat, lui, plaidera l’acquittement dans un procès sans partie civile. « Mon client appréhende ces longues heures d’audience au cours desquelles il va devoir revivre ce moment douloureux. Ces époux-là se sont aimés toute leur vie, jusqu’à la mort. » Et bien au-delà puisque, chaque jour, Roger va se recueillir sur la tombe de son aimée.
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